Depuis sa création en 1987, le personnage au bonnet à pompon et au pull rayé rouge et blanc fascine des millions de lecteurs à travers le monde. Pourtant, ce globe-trotter intrépide ne porte pas le même nom selon le pays où vous le cherchez. Cette adaptation culturelle et linguistique des noms de personnages n’est pas un cas isolé : elle illustre une stratégie éditoriale complexe qui mêle considérations marketing, contraintes linguistiques et sensibilités culturelles. Le phénomène des titres adaptés selon les territoires soulève des questions passionnantes sur la traduction, l’identité des marques et la perception des contenus selon les publics. Comment un simple changement de prénom peut-il influencer le succès commercial d’une franchise ? Quelles sont les motivations qui poussent les éditeurs à multiplier les variantes d’un même personnage ?
Where’s wally : la traduction anglaise originale de où est charlie
Martin handford et la genèse de where’s wally en 1987
L’histoire commence dans un petit studio londonien où Martin Handford, illustrateur britannique méticuleux, donne vie à un concept révolutionnaire. Après avoir travaillé trois ans dans une compagnie d’assurance pour financer ses études en école d’art, Handford développe un style unique inspiré des scènes de bataille détaillées et des foules grouillantes d’activité. Son inspiration puise ses racines dans les petits soldats avec lesquels il jouait enfant, mais aussi dans les films épiques sur les Vikings et les Romains qui ont marqué son imagination. Cette approche visuelle foisonnante, que les Allemands nomment Wimmelbilderbuch, trouve ses ancêtres artistiques chez les maîtres flamands comme Hieronymus Bosch et Pieter Brueghel l’Ancien.
Le personnage de Wally naît presque par hasard, lorsque Handford décide sur un coup de tête de cacher un voyageur dans l’une de ses illustrations complexes. Ce marcheur au look distinctif – pull rayé rouge et blanc, jean bleu, chaussures marron et bonnet à pompon – devient rapidement le centre d’un nouveau genre de livre-jeu. L’illustrateur britannique met en moyenne huit semaines pour réaliser chaque illustration double page, peuplant ses scènes de centaines de personnages et d’innombrables détails humoristiques. Chaque centimètre carré de ses créations raconte une histoire différente, intégrant des gags visuels, des situations absurdes avec des tapis volants, des extraterrestres et des nains rouges.
Walker books : la maison d’édition britannique à l’origine du phénomène
La maison d’édition Walker Books, basée à Londres, reconnaît immédiatement le potentiel commercial de ce concept innovant. En publiant le premier album en 1987 sous le titre Where’s Wally?, l’éditeur lance ce qui deviendra l’un des phénomènes éditoriaux les plus importants de la littérature jeunesse. Le succès est fulgurant : les lecteurs britanniques s’arrachent ces livres qui transforment la lecture en véritable chasse au trésor visuelle. Walker Books comprend rapidement que ce format universel, basé sur l’observation plutôt que sur le texte, possède un potentiel d’exportation considérable.
La stratégie éditoriale de Walker Books repose sur la qualité exceptionnelle des illustrations et sur la difficulté progressive des albums. Chaque nouvelle publication élève le niveau de complexité, ajoutant des personnages récurrents à rechercher : Woof le chien, Wenda la comp
pagne et le mage Whitebeard, enrichissant ainsi l’univers narratif sans alourdir le texte. Walker Books mise également sur un positionnement premium : grand format, impression soignée et rééditions anniversaires, parfois en version « mini » plus difficiles, qui renouvellent l’intérêt des lecteurs et contribuent à faire de Where’s Wally? une véritable marque internationale.
Les différences visuelles entre les éditions britannique et américaine
Lorsque le succès de Where’s Wally? traverse l’Atlantique, les éditeurs ne se contentent pas de changer le prénom du héros. Les premières éditions nord-américaines présentent des différences visuelles parfois subtiles, parfois plus marquées. La palette de couleurs est légèrement ajustée pour correspondre aux standards d’impression et aux goûts du marché américain, avec des rouges plus vifs et des contrastes renforcés. Certaines scènes jugées trop denses ou trop « européennes » sont retouchées, simplifiées ou recadrées.
On observe aussi des adaptations dans les détails de décor : panneaux de signalisation, enseignes, tenues vestimentaires secondaires sont parfois « américanisés » pour favoriser l’identification du jeune public. Dans certains cas, des références très britanniques – comme certains uniformes scolaires ou éléments de mobilier urbain – sont modifiées pour paraître plus familiers aux enfants nord-américains. Ces micro-changements ne remettent pas en cause l’ADN du livre-jeu, mais ils illustrent la finesse du travail de localisation visuelle, souvent moins visible que la traduction du titre elle-même.
L’évolution du personnage wally dans les publications anglophones
Au fil des albums, le Wally d’origine évolue tout autant que son nom dans les différentes langues. Dans les premières éditions britanniques, le personnage a un rôle presque passif : il est simplement caché au milieu d’une foule. Très vite, les albums anglais et américains construisent un véritable récit autour de lui, le transformant en voyageur temporel et spatial, explorant l’histoire, les mondes fantastiques et même l’espace. Cette évolution narrative se reflète dans les titres eux-mêmes, qui deviennent plus scénarisés : Where’s Wally Now?, Where’s Wally? In Hollywood, etc.
Graphiquement, Wally s’affine : ses lunettes rondes sont plus marquées, sa silhouette devient plus élancée, et son expression faciale gagne en expressivité. Dans les éditions anglophones récentes, les éditeurs mettent davantage en avant la « marque Wally/Waldo » avec des logos normalisés, des couvertures plus épurées et des déclinaisons numériques (applications, jeux en ligne) où l’interface reprend les codes des livres papier. On passe ainsi d’un personnage un peu anecdotique au départ à une véritable icône pop, facilement reconnaissable, au même titre qu’un héros de dessin animé ou de jeu vidéo.
Where’s waldo : l’adaptation nord-américaine et ses spécificités culturelles
Candlewick press et la stratégie de localisation pour le marché américain
Pour conquérir le marché nord-américain, c’est principalement Candlewick Press, affilié à Walker Books, qui prend en charge l’adaptation de Where’s Wally? en Where’s Waldo?. La stratégie est claire : capitaliser sur la force visuelle des albums tout en ajustant le produit aux attentes pédagogiques et culturelles des États-Unis et du Canada anglophone. Les albums sont pensés non seulement comme des divertissements, mais aussi comme des supports d’observation, de concentration et même de vocabulaire en anglais américain. Les dossiers pédagogiques qui accompagnent certains tirages scolaires vont d’ailleurs dans ce sens.
Les campagnes marketing nord-américaines insistent davantage sur la dimension de « challenge » et de compétition : trouver Waldo plus vite que ses amis, repérer les objets cachés en un temps record, organiser des événements de type « Where’s Waldo Party ». Cette approche, très ancrée dans la culture du jeu et de la performance, se distingue légèrement de la communication britannique, plus centrée sur la fantaisie et l’humour. On voit ici comment une même œuvre, localisée intelligemment, peut adopter des positionnements marketing différents selon le territoire.
Les modifications terminologiques : wally devient waldo aux États-Unis
La question qui intrigue de nombreux lecteurs francophones – et qui vous a peut-être amené à chercher « Où est Charlie en anglais » – est simple : pourquoi Wally devient-il Waldo ? Le choix de Waldo par les éditeurs américains relève avant tout d’une stratégie de proximité culturelle. Ce prénom, plus courant et plus familier dans l’imaginaire nord-américain que Wally, évoque un personnage un peu loufoque mais sympathique, parfaitement adapté à ce voyageur impossible à retrouver.
Ce changement de prénom illustre aussi un principe fréquent en localisation de contenus jeunesse : privilégier des noms courts, faciles à mémoriser, qui sonnent « du pays ». De la même façon qu’on ne parle pas de Donald Duck mais de Donald en français, ou que le Where’s Wally? original devient Où est Charlie ?, la marque s’adapte pour réduire la distance linguistique ressentie par l’enfant. En marketing, on parle souvent de « fluidité de traitement » : plus le nom est fluide, plus il est mémorisable, et plus la marque a de chances de s’installer durablement.
L’adaptation du vocabulaire britannique vers l’anglais américain dans les albums
Au-delà du prénom, les albums Where’s Waldo? subissent aussi une adaptation systématique du vocabulaire britannique vers l’anglais américain. Les textes d’accompagnement et les listes d’objets à chercher sont relus pour remplacer les termes typiquement britanniques (trainers, lift, holiday) par leurs équivalents américains (sneakers, elevator, vacation). Cette harmonisation linguistique évite de transformer chaque page en mini-leçon de vocabulaire et maintient le lecteur dans une expérience de jeu fluide.
On pourrait croire ces ajustements anecdotiques, mais ils ont un impact direct sur la compréhension intuitive des consignes par les enfants. Dans un livre de type « cherche et trouve », le temps passé à déchiffrer un mot inconnu est du temps en moins passé à s’amuser à chercher Waldo. C’est un peu comme traduire un panneau de signalisation : si le message n’est pas immédiatement compris, l’efficacité de l’ensemble s’effondre. Cette adaptation du vocabulaire illustre à quel point localisation et expérience utilisateur sont intimement liées, même dans un album illustré.
Charlie en france : la stratégie de localisation des éditions grund
Le choix du prénom charlie par les traducteurs français en 1988
En France, c’est la maison d’édition Gründ qui prend le pari d’adapter Where’s Wally? à la fin des années 1980. Le choix du prénom Charlie en 1988 n’est pas documenté dans le détail, mais plusieurs éléments permettent de le comprendre. D’abord, le prénom bénéficie d’une popularité croissante à l’époque, tout en conservant une touche d’originalité par rapport aux prénoms très courants. Il est court, facile à prononcer pour les enfants, et garde un son final en « i » qui rappelle Wally, Waldo ou Holger.
Les éditeurs semblent aussi avoir voulu conserver une forme d’allitération implicite, comme le suggère un intervenant cité par le Guichet du Savoir : en anglais, on a Where’s Wally/Waldo, en français Où est Charlie conserve ce rythme avec le son « ou/cha ». Jean-Jacques ou Bernard auraient sans doute paru trop datés ou trop sérieux pour ce personnage maladroit et rêveur. On voit donc se dessiner un compromis entre familiarité, sonorités ludiques et cohérence internationale, même si aucune « théorie officielle » n’a été publiée par l’éditeur.
L’adaptation des jeux de mots et références culturelles pour le public francophone
Adapter Where’s Wally? en Où est Charlie ?, ce n’est pas seulement changer un prénom sur la couverture. Les traducteurs doivent également retravailler les titres de pages, les consignes de recherche et les nombreux jeux de mots dispersés dans les albums. Certaines expressions très britanniques perdent leur saveur en traduction littérale : il faut alors les recréer en français, parfois en inventant de nouveaux gags. L’objectif reste le même : susciter le sourire, nourrir l’imaginaire et inciter à l’observation attentive.
On peut comparer ce travail à celui d’un sous-titrage de comédie : une blague qui fonctionne dans un contexte anglais ne produira pas forcément le même effet en français, et le traducteur doit parfois s’éloigner du texte source pour rester fidèle à l’intention. Dans Où est Charlie ?, cela peut passer par des détournements de proverbes, des rimes amusantes ou des expressions typiquement francophones. Résultat : les albums ne sont pas de simples copies des originaux, mais de véritables recréations, adaptées au paysage culturel francophone.
Les personnages secondaires : poufy, félicie et blanchebarbe dans la version française
La localisation française ne concerne pas uniquement Charlie : tout son entourage change également de nom. Le chien Woof devient Poufy, la compagne Wenda est rebaptisée Félicie, et le magicien Wizard Whitebeard se transforme en Blanchebarbe. Ces choix ne sont pas anodins : ils cherchent à évoquer immédiatement des traits de caractère ou des images mentales. Poufy sonne comme un nom de chien doux et un peu désordonné, Félicie évoque la joie et la chance, tandis que Blanchebarbe décrit visuellement le sorcier en un clin d’œil.
Pour un enfant francophone, ces noms contribuent à l’appropriation de l’univers de Charlie, sans créer une distance linguistique trop marquée. On retrouve ici un principe clé de la traduction jeunesse : privilégier des noms qui racontent quelque chose, plutôt que de conserver des sonorités étrangères peu signifiantes. Cette adaptation des personnages secondaires participe à la création d’une « bulle française » autour de Charlie, tout en respectant la structure et la dynamique narrative des albums originaux.
Les variantes internationales du personnage dans les traductions mondiales
Holger en allemagne : l’adaptation germanique par sauerländer verlag
En Allemagne, le personnage est connu sous le nom de Holger, dans une édition longtemps portée par Sauerländer Verlag. Là encore, le choix du prénom s’inscrit dans une logique de proximité culturelle : Holger est un prénom germanique relativement courant, facile à prononcer et à mémoriser pour les enfants. L’éditeur germanophone applique les mêmes principes que Gründ en France : germaniser les noms, adapter les textes, mais conserver la structure visuelle minutieuse de Martin Handford.
Certains titres d’albums allemands diffèrent légèrement des originaux, avec des formulations plus descriptives ou plus ludiques pour le marché local. On retrouve également une adaptation des listes d’objets à chercher : certains éléments trop spécifiques à la culture britannique peuvent être remplacés par des références plus parlantes pour un jeune lecteur allemand. Holger devient ainsi un véritable héros national du « Wimmelbilderbuch », s’insérant dans une tradition très ancienne d’illustrations foisonnantes dans le monde germanophone.
Wally au danemark, en norvège et dans les pays scandinaves
Dans les pays scandinaves, le personnage conserve souvent le prénom Wally ou une forme très proche, ce qui montre qu’il n’est pas toujours nécessaire de changer radicalement le nom pour réussir une localisation. Au Danemark, par exemple, Hvor er Wally? reste très proche de l’original anglais, tout en s’intégrant naturellement dans la langue locale. En Norvège, certaines éditions privilégient également Willy ou des variantes locales, avec des modifications mineures pour s’adapter aux conventions orthographiques.
Cette relative stabilité du prénom s’explique en partie par la familiarité des publics scandinaves avec l’anglais, notamment chez les jeunes lecteurs. L’anglais y est largement enseigné et présent dans les médias, ce qui réduit la distance culturelle. Cependant, les éditeurs n’en demeurent pas moins attentifs aux détails : textes de quatrième de couverture, consignes et éventuels bonus pédagogiques sont traduits avec soin, de manière à ce que l’expérience de lecture reste pleinement accessible sans maîtrise de l’anglais.
Ali en turquie et les adaptations pour les marchés du Moyen-Orient
Dans certains pays du Moyen-Orient, dont la Turquie, le héros adopte parfois le prénom Ali, l’un des prénoms les plus répandus et les plus immédiatement identifiables de la région. Ce choix illustre une stratégie de localisation encore plus marquée : on ne cherche plus seulement un prénom courant, mais un symbole culturel fort, capable de parler au plus grand nombre. Pour beaucoup d’enfants turcs, chercher Ali plutôt que Wally rend l’exercice plus familier, presque comme si l’on cherchait un camarade de classe dans la foule.
Dans les marchés du Moyen-Orient, la localisation ne se limite pas au prénom. Certaines scènes peuvent être ajustées pour respecter les sensibilités locales : vêtements, représentations de certaines pratiques ou symboles religieux font l’objet d’une vigilance accrue. On retrouve là une règle essentielle de la localisation internationale : adapter sans trahir l’œuvre, en veillant à ce qu’aucun détail ne soit perçu comme offensant ou inapproprié. C’est un véritable exercice d’équilibriste, comparable à la restauration d’une fresque ancienne : chaque retouche doit être invisible, mais indispensable pour préserver l’ensemble.
Jonas en islande et les particularités des traductions nordiques
En Islande, le héros se fait parfois appeler Jonas ou Valli selon les éditions, preuve que même dans de petits marchés, les éditeurs testent différents positionnements. Jonas est un prénom biblique très répandu dans les pays nordiques, quand Valli renvoie davantage à une adaptation phonétique de Wally. Ces variations montrent que la localisation n’est pas figée : elle évolue au gré des nouvelles éditions, des tendances de prénoms et des retours des lecteurs.
Les traductions nordiques se distinguent aussi par une grande attention portée à la musicalité de la langue. Les titres d’albums sont souvent retravaillés pour intégrer des rimes ou des allitérations, ce qui les rend particulièrement mémorisables pour les enfants. Dans des langues réputées complexes pour les non-locuteurs, cette fluidité phonétique renforce l’ancrage de la marque. Là encore, on voit comment un simple prénom – Charlie, Wally, Waldo, Holger ou Jonas – devient la pierre angulaire d’une stratégie éditoriale à long terme.
Les titres d’albums qui changent radicalement selon les territoires
Harry potter à l’école des sorciers vs harry potter and the philosopher’s stone
Le cas de Harry Potter est souvent cité comme exemple emblématique de changement de titre entre territoires anglophones et francophones. En anglais britannique, le premier tome s’intitule Harry Potter and the Philosopher’s Stone, référence directe à la pierre philosophale de l’alchimie. Aux États-Unis, l’éditeur choisit de le publier sous le titre Harry Potter and the Sorcerer’s Stone, jugeant que la référence alchimique risquait d’être mal comprise ou jugée trop intellectuelle par le jeune public américain.
En français, Gallimard opte pour Harry Potter à l’école des sorciers, un titre qui met en avant l’environnement scolaire magique plutôt que l’objet mystérieux. Pourquoi un tel décalage ? On retrouve les mêmes mécanismes que pour Où est Charlie : privilégier un titre immédiatement parlant, facile à associer au contenu et propice au bouche-à-oreille. La « pierre philosophale » est remplacée par un cadre – l’école – qui évoque instantanément l’univers du roman pour un jeune lecteur francophone.
Le sortilège des glaces devient frozen : stratégie marketing de disney
Les films d’animation Disney offrent d’autres exemples frappants de changement de titre stratégique. Le long métrage Frozen (2013), inspiré librement de La Reine des neiges de Hans Christian Andersen, aurait pu être traduit littéralement en français. Pourtant, les premières pistes de titres français ont circulé en interne sous des formes comme Le Sortilège des Glaces ou Reine des Neiges avant que le studio n’unifie progressivement sa communication sous le titre La Reine des neiges dans l’espace francophone.
Le choix du titre original anglais Frozen répond à une logique marketing : un mot unique, facile à retenir, qui s’inscrit dans une tendance à privilégier les titres courts et « brandables ». En français, cependant, un simple Gelé aurait paru trop neutre, voire peu engageant. D’où l’option d’un titre plus narratif, qui fait écho au conte d’origine. On voit bien ici comment un studio jongle entre identité globale (le label Frozen) et adaptation locale, en tenant compte des attentes et des imaginaires propres à chaque langue.
Zootopie vs zootropolis : divergences entre marchés américain et européen
Autre exemple parlant : le film Zootopia de Disney (2016) porte différents titres selon les marchés. Aux États-Unis, il sort sous le nom Zootopia, tandis qu’au Royaume-Uni et dans certains pays européens, il devient Zootropolis. En France, Disney retient finalement Zootopie, une forme hybride qui conserve la racine « zoo » et le suffixe « -utie/-topie », évoquant un monde utopique animalier. Pourquoi ces variations ?
Officiellement, des questions de marque déposée (trademark) et de risques de confusion avec d’autres produits existants ont motivé ce découpage. Mais on peut aussi y lire un ajustement culturel : Zootopia fait écho à « utopia » pour le public anglophone, tandis que Zootopie sonne plus naturellement en français et garde un côté ludique. On retrouve ici la même logique que pour Où est Charlie : chaque territoire reçoit un titre adapté à ses habitudes linguistiques, tout en maintenant une cohérence graphique et marketing globale.
Vaiana vs moana : adaptation pour éviter les conflits de marques en europe
Le film d’animation Disney sorti en 2016 sous le titre original Moana illustre parfaitement les contraintes juridiques liées aux titres internationaux. Dans plusieurs pays européens, dont la France, le nom Moana était déjà associé à des marques déposées ou à des personnalités publiques. Pour éviter les conflits de propriété intellectuelle, Disney rebaptise le film Vaiana dans de nombreux territoires, tout en conservant l’histoire et l’identité visuelle du personnage.
Ce changement de titre, parfois critiqué par les fans pour son manque de cohérence globale, montre les limites de l’uniformisation internationale. Une marque mondiale doit composer avec un véritable « puzzle juridique » où chaque pays apporte ses contraintes propres. C’est un peu comme jouer à Où est Charlie avec les registres de marques : il faut repérer les noms déjà pris, ceux qui posent problème, et trouver une solution qui reste évocatrice, disponible et juridiquement sûre.
Les raisons linguistiques et marketing des changements de titres transnationaux
Les contraintes phonétiques et la mémorisation des marques selon les langues
Qu’il s’agisse de Où est Charlie, de Where’s Waldo ou de Zootopie, un point commun apparaît : la phonétique joue un rôle central dans le choix des titres. Une marque difficile à prononcer dans une langue donnée risque de se heurter à un mur de rejet inconscient. Les éditeurs et studios testent donc souvent plusieurs variantes de titres, à l’oral, pour vérifier qu’ils sont faciles à articuler, qu’ils ne produisent pas de sons jugés désagréables, et qu’ils restent mémorisables après une seule exposition.
On peut comparer cette démarche à la composition d’un slogan publicitaire : un bon slogan « colle à la langue » et se répète aisément. Pour les albums jeunesse, cette dimension est encore plus importante : ce sont souvent les enfants qui prononcent le titre pour demander le livre en librairie ou à la bibliothèque. Un Charlie ou un Ali se prononcent aisément dès les premières années, là où certains prénoms étrangers complexes pourraient faire obstacle à la demande spontanée.
Le trademark management et les conflits de propriété intellectuelle internationale
Derrière les changements de titres d’un pays à l’autre se cache aussi une réalité très pragmatique : la gestion des marques déposées, ou trademark management. Avant de lancer un nouvel album ou un nouveau film, les éditeurs mènent des recherches approfondies pour vérifier que le titre souhaité est disponible dans chaque juridiction. Si un conflit apparaît – autre produit culturel, entreprise ou même association utilisant déjà ce nom – il faut trouver une alternative locale, comme ce fut le cas pour Moana/Vaiana ou Zootopia/Zootropolis.
Cette complexité juridique explique pourquoi certains univers conservent un nom global (comme Harry Potter), tandis que d’autres multiplicent les variantes territoriales. Pour une franchise aussi ancienne que Où est Charlie, publiée dans plus de 30 langues et près de 50 pays, la carte mondiale des marques ressemble à un gigantesque jeu de piste. Chaque nouvel accord de licence, chaque produit dérivé doit s’inscrire dans cet échiquier légal, sous peine de litiges coûteux.
Les connotations culturelles et tabous linguistiques à éviter en localisation
Au-delà des aspects phonétiques et juridiques, les connotations culturelles jouent un rôle décisif dans le choix d’un titre ou d’un prénom. Un mot anodin dans une langue peut avoir une signification vulgaire, politique ou religieuse dans une autre. Les équipes de localisation doivent donc vérifier que le nom retenu ne renvoie pas à un tabou linguistique ou à un événement sensible local. C’est une forme de « due diligence culturelle » qui s’impose désormais à toutes les grandes marques internationales.
Dans le cas de Où est Charlie, le prénom retenu ne porte pas de charge politique ou religieuse particulière en français, ce qui facilite son acceptation universelle. À l’inverse, un titre comme Philosopher’s Stone pouvait évoquer, dans certains contextes, des références ésotériques susceptibles d’inquiéter des parents peu informés, d’où l’adoption de Sorcerer’s Stone aux États-Unis. On comprend alors que la localisation n’est pas une simple affaire de traduction : c’est une négociation permanente avec l’imaginaire collectif de chaque pays.
La stratégie SEO et l’optimisation des titres pour les moteurs de recherche locaux
Dernier paramètre, plus récent mais désormais incontournable : la dimension SEO (Search Engine Optimization). À l’heure où de nombreux lecteurs découvrent Où est Charlie en anglais ou les différences entre Where’s Wally et Where’s Waldo via les moteurs de recherche, le choix des titres influence aussi la visibilité en ligne. Un titre court, clair et composé de mots-clés facilement recherchés aura plus de chances d’apparaître en haut des résultats, que ce soit sur Google, sur les boutiques en ligne ou sur les plateformes de vidéo à la demande.
Certains éditeurs réfléchissent désormais à leurs titres en intégrant dès le départ cette dimension numérique : comment les parents vont-ils chercher ce livre ou ce film ? Vont-ils taper « livre où est charlie », « where is wally book » ou simplement « charlie rayures rouges » ? En anticipant ces requêtes, la marque se donne plus de chances d’être trouvée – et donc achetée. On en revient finalement au cœur de notre sujet : dans un monde saturé d’offres culturelles, savoir « où est Charlie » – ou plutôt sous quel nom il se cache – devient un enjeu stratégique aussi bien pour les éditeurs que pour les lecteurs.
